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ALBI PETIT CARRE BAS
31/01/2010

REGIONAUX DE CROSS 2010 - BRETAGNE
Benoit Nicolas pour la 3ème fois et de 6 pour Sandra Levenez




Dans le rapport quantité/qualité, d'aucuns le savent, un Bretagne cross, c'est le plus grand rendez-vous athlétique gallo et bretonnant de l'année. Hors stade, nature et piste inclus. C'est dans les camps et avec des pointes que la véritable valeur athlétique se révèle. Dans ce rendez-vous qu'il convient de ne pas manquer, les puristes auraient aimé un parcours dans la tradition bretonne. Ce fut comme sur un hippodrome lâché dans la nature... Et les observateurs habituels du cross breton de reconnaître : « Il manquait la ferveur populaire... » Reste que les trois difficultés du tracé et la boue ont néanmoins donné du sens au mot cross-country. Et comme la course fut la même pour tout le monde, ce Bretagne a établi une hiérarchie qui devrait être représentative aux championnats de France, à La Roche-sur-Yon, le 7 mars  prochain, avec Benoît Nicolas (Stade Brestois) et Sandra Levenez (AL Carhaix-Plouguer). Dans l'attente d'un possible retour à Carhaix en 2013, si la candidature bretonne est retenue. 


Est-ce un effet « course nature » - le cross-country est l'essence même de la course nature - mais courir à travers les champs a retrouvé son attrait d'autrefois. Pour preuve, la Fédération sait déjà où organiser ses championnats de France jusqu'en... 2013. Alors que La Roche-sur-Yon (2009), Paray-le-Monial (2011) et Compiègne (2012) ont déjà été désignés, Carhaix est candidat pour 2013. Pour mémoire, la « Capitale bretonne du cross » avait déjà accueilli les Nationaux en 1996 et 2000. Pour ce Bretagne 2010, à Betton près de Rennes, comme d'habitude, ce sont les vétérans qui ont ouvert la cession. Pour sa première année chez les « seniors plus un an », Thierry Collet (ACR Locminé/Pontivy) s'est imposé au train. « J'ai juste fait l'effort dans les bosses... » Une tactique classique. Mais surtout une phrase qui révèle la marge que le Morbihannais aurait pu avoir sur ses adversaires s'il avait couru à son niveau 2009.


L'an passé, Thierry était huitième Breton et 109e seniors à Aix-les-Bains. Ces Régionaux n'étaient d'ailleurs pas un objectif pour lui. « Ma préparation commence demain, lâchait-il à l'arrivée. Je me plaisais bien en seniors, mais je suis maintenant vétéran et il faut jouer le jeu... Je n'ai pas de véritable ambition pour les France puisque mon pic de forme est prévu aux Inter (le 21 févier à Evreux dans l'Eure, ndlr). En fait, mon objectif c'est le Marathon de Paris. J'avais 2 h 31 l'an passé et je vise les 2 h 25, en avril prochain. » D'ici là, Thierry aura couru à La Roche-sur-Yon et il ne cache pas « qu'une place dans le top 10, ce serait bien ».

La Bretagne a de l'avenir...
Chez les plus jeunes, les championnats de France occupent les esprits depuis longtemps. Marie Bouchard (Pays de Paimpol Athlétisme) le reconnaît. « Même si j'ai conservé mon titre chez les cadettes, il faut passer les Inters. L'an passé, j'étais 22e à Aix-les-Bains et cette année, une place dans le Top 15 me comblerait. » Chez les cadets, Guillaume Paul (US Saint-Gilles) a pris une revanche sur la saison 2009. « J'avais gagné le Bretagne, mais je n'avais pas pu aller aux Inters et aux France car je m'étais fait une triple fracture du bras au ski. J'ai d'ailleurs encore trois plaques et vingt-et-un clous dans le corps... » Avec ce qu'il a montré à Betton, Guillaume a le potentiel pour être dans le Top 10 à La Roche-sur-Yon. Manon Delaunay (Quimper Athlétisme) a montré qu'elle avait le niveau pour faire partie des meilleures Françaises en juniors. « Lors des sélections pour les Europe aux Mureaux, j'avais terminé dixième, explique l'étudiante parisienne en kinésithérapie. Pour autant, j'avais un peu peur de ces Régionaux, car c'était ma première course de la saison en Bretagne. J'avoue que j'étais un peu stressée, surtout sur un parcours que la boue a rendu physique et plus technique. Au final, j'ai fait une belle course et je suis contente. »


Une assurance qui a permis à Manon de conserver son titre 2009. Elle a ainsi confirmé sa récente place au cross de Bilbao (14e), en Espagne. Alors que Marie, Guillaume et Manon sont restés champion(ne) de Bretagne dans leur catégorie, Jordan Pincemin (UA Langueux) a été titré pour la première fois en juniors. « L'an passé, j'avais terminé deuxième au Bretagne et quatorzième au France pour ma première année chez les juniors, rappelle-t-il. Pour gagner cette année, j'ai pris la tête dès le départ et je me suis mis dans la tête que j'étais costaud et qu'il fallait tenir... » Le Costarmoricain a tenu. Pourra-t-il le faire, le 7 mars prochain, en Vendée ? Pour mémoire, il s'était classé quatrième en cadets à Laval en 2008.

Sandra Lévénez puissance six
Elle ne court pas, elle vole... C'est l'impression que Sandra Lévénez (AL Carhaix-Plouguer) a laissé planer au-dessus de la boue de Betton. Dans la fameuse maxime athlétique propre au cross-country : « Il faut partir vite, courir vite et finir vite... », la Finistérienne s'est totalement incarnée. « J'ai rapidement pris la tête de la course pour courir à mon rythme. Un rythme que j'ai pu garder. Ainsi, l'écart s'est fait inexorablement. » Patricia Lossouarne (HBA Rennes), international sur marathon, s'est d'ailleurs rapidement résignée, « la boue, ce n'est pas mon truc », et s'est surtout concentrée pour contrôler le retour de Séverine Lecoufle (AP Fougères). Cette concurrence, même rapidement distancée, a motivé Sandra. « Nous avons perdu Karine (Pasquier, maintenant à l'Endurance 72, ndlr), mais avec Patricia, qui vient de signer en Bretagne, l'intérêt sportif est toujours là. »


C'est avec six doigts levés que Sandra a franchi la ligne d'arrivée. Elle s'en explique. « Le Bretagne, c'est quelque chose et j'étais en piste pour un sixième titre. Je ne suis pas trop dans les statistiques, mais les gens sont là pour vous le rappeler et forcément, il y a un moment où l'on y pense... » La pensée qui occupe le plus l'esprit de Sandra, c'est cette septième place à Laval, en 2008. « L'an passé, j'avais mal géré la préparation aux France (15e à Aix-les-Bains, ndlr). Cette année, c'est mon grand objectif. » D'autant plus que sa saison athlétique s'arrêtera à La Roche-sur-Yon. Ce sera donc l'unique occasion pour elle de retrouver l'équipe de France. « Ensuite, je vais me consacrer au duathlon et au triathlon, poursuit Sandra. Et ce serait bien que je puisse terminer dans les dix premières en Vendée. »


Le retour de Béatrice Céveno
Derrière la folle course de Sandra Lévénez, Béatrice Céveno (Paimpol Athlétisme) s'est classée quatrième et première vétérane. Une surprise pour la championne de France 2009 de semi-marathon. « Après Cavaillon, je suis rentrée à l'hôpital et j'ai subi un peignage du tendon d'Achille, explique-t-elle. J'ai recommencé à courir mi-décembre et je peux dire que je me suis dopée à l'envie de courir pour revenir... Je suis naturellement heureuse d'être à ce niveau. Vous savez, pour oublier mes soucis, j'ai trouvé que la course à pied était le meilleur refuge. Et lorsque j'ai vraiment repris, pendant les vacances de Noël, je me souviens d'avoir couru dans le vent, comme un chien fou, sur la plage de Saint-Malo... » L'image ne manque pas d'interprétation. Et force est de constater que Béatrice s'y complaît dès que l'on veut la ramener à une certaine réalité. « Pour les France ? J'irai avant tout pour accompagner les jeunes de mon club (Marie Bouchard est son élève, ndlr). Quant à moi, une place dans les quinze me comblerait.

 

Céline Jain (Stade Brestois) fait partie de la nouvelle génération bretonne. Toujours placée en cadettes (3e au Bretagne et 20e au France) et juniors (2e et 20e), la Brestoise était toute heureuse de se classer première chez les espoirs et surtout, quatorzième au scratch. « Le cross long n'est pas ma spécialité et sur piste, je cours surtout le 800 m (2'14''58 en 2009), mais pour ma deuxième année chez les espoirs, je suis passé de 3 à 5 entraînements par semaine et cela commence à payer. Si bien que j'ai décidé de faire le cross long aux prochains championnats de France. C'est plus intéressant pour notre catégorie, car il y a un classement spécifique. » Un classement espoirs auquel pourra participer un autre Finistérien, puisque Benjamin Siou (Stade Bretois) s'est également imposé chez les masculins (19e au scratch). « Nous étions cinq à prétendre à ce titre, poursuit Benjamin. J'avais déjà été champion de Bretagne en juniors, il y a trois ans. Cette année, la lourdeur du parcours a fait que la course n'allait pas vite. Et comme je suis un spécialiste du 800/1.500, j'ai attendu le dernier tour pour accélérer. Une longue accélération qui a fini par payer. » CQFD.


David Pasquio dans le Top 8
Alors qu'au cœur et au corps de la course élites dames, Sandra Lévénez a montré qu'elle était deux à trois classes au-dessus de ses adversaires, chez les messieurs, l'issue était loin d'être gravé sur un menhir. Car entre le champion sortant Mathieu Rocaboy (AS 22) et le favori annoncé Fabrice Jaouen (HBA Bretagne), il y avait Benoît Nicolas (Stade Brestois), Mickaël Thomas, Vincent Siou, Yves Piederrière et même David Pasquio, dans l'optique du podium. Si ce dernier s'est finalement classé huitième au général, il est monté sur le podium par équipes avec le Blavet Scorff Athlétisme où il a retrouvé son camarade de grand chemin, Christophe Malardé (13e en individuel). Bref, avec Patrick Lothodé (CIMA Pays d'Auray, 26e en vétérans), les coureurs natures ont montré le trail était vraiment le prolongement du cross-country. Reste que face à l'élite athlétique bretonne, ces « Templiers » de cœur et de pierre, n'ont pas eu la tâche facile. C'est d'ailleurs un spécialiste du cross court (vice-champion de France en 2004) qui a été couronné à Betton : Benoît Nicolas.


Benoît Nicolas s'impose en costaud
Benoît était l'un des principaux outsiders et en suivant la foulée de Mathieu Rocaboy pendant quatre kilomètres, le Brestois savait qu'il était dans le bon train. « Il n'était pas très rapide, expliquait Benoît à l'arrivée. Et lorsque j'ai que Mathieu n'était pas dans un grand jour et qu'il avait du mal dans les virages, j'ai accéléré... Au fil des tours, je prenais 20 mètres à chaque fois et au final, j'ai géré cette avance. Cependant, je savais que Mathieu n'allait rien lâcher et il a été fidèle à sa réputation. Alors que Jaja (Fabrice Jaouen, ndlr) a été méconnaissable. » Le leader du HBA Bretagne a effectivement très vite rendu ses pointes de douze. « Dès le départ, je n'avais pas de bonnes sensations. Alors, j'ai couru pour l'équipe... » C'est ainsi que les Rennais ont remporté le titre avec quatre coureurs dans le Top 10 : Mickaël Thomas (3e), Vincent Siou (4e), Fabrice Jaouen (5e) et Anthony Saudrais (10e). À noter que le Stade Brestois de Benoît Nicolas s'est classé deuxième.

 

Après 2003 et 2004, Benoît Nicolas a inscrit son nom pour la troisième fois au palmarès seniors du Bretagne. Ce nouveau titre l'a ramené six ans en arrière. « En 2004, j'avais ensuite réalisé une belle saison cross-country (vice-champion de France sur le court). J'espère que ce sera la même chose cette année, même si j'ai décidé de faire le long à La Roche-sur-Yon. Aujourd'hui, j'ai réalisé une belle course. Toute la semaine, j'avais eu la pression car j'avais reçu une centaine de messages d'encouragements. Je ne pouvais pas décevoir... Sur un parcours aussi physique, il fallait être fort physiquement et mentalement. Dans les deux cas, j'ai montré que je m'étais bien préparé et costaud dans ma tête. Au final, j'ai fait une course de patron. » Une nouvelle « taille » dans le paysage du cross breton que Benoît veut porter jusqu'au Top 20, le 7 mars prochain, à La Roche-sur-Yon.

Bruno Poirier.

 


AUBRAC 2010