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ALBI PETIT CARRE BAS
04/06/2009

ULTRA : MONDIAL DES 100 KM TORHOUT
Le 10ème Mondial pour Pascal Fétizon




Doyen de l'équipe de France et titulaire de 10 sélections d'affilée au championnat du monde, Pascal Fétizon mettra un terme à sa carrière internationale sur 100 km, à l'issue du prochain Mondial, qui se déroulera le 19 juin à Torhout, Belgique.


. S'agit-il de ton dernier mondial sur 100 km ?
- Si tu veux, ça fait un moment que je dis qu'il s'agit de mon dernier mondial. Mais là, à mon avis ça va être la fin. Même si je réalisais une bonne performance en Belgique, qui me permettrait de ne pas passer par la case championnat de France en 2010 pour une sélection supplémentaire, à partir de janvier je vais devoir retravailler pleinement. Ma directrice à la Poste considère, qu'à mon âge je dois bosser à plein temps. Bon, je savais bien qu'à un moment ce statut allait s'arrêter. En plus, une rumeur circule comme quoi ne demeurerait sur les listes d'athlètes de haut niveau, que ceux qui concourent dans des disciplines olympiques. Il faut admettre que tout a une fin. Par contre, en novembre je vais me lancer sur 24 heures à Aulnat, avec un objectif situé entre 255 et 264 km. D'après Bruno Heubi, mon entraîneur, si je veux tenir une moyenne de 11 km/h, il faut que je courre les 12 premières heures à 12 km/h. Si ça passe, je serai sélectionné en équipe de France. Ainsi, entre le cross, le marathon, les 100 km et les 24 heures, j'aurai fait le tour de la question de l'athlétisme et la boucle sera bouclée, parce que je ne prendrai part qu'à un mondial sur 24 heures, en raison de mes futures obligations professionnelles et familiales.

. Et ce 100 km, comment l'abordes-tu ?
- Je me suis bien préparé, mais je ne peux plus encaisser la même charge de travail que celle, à laquelle je m'astreignais 4, 5 ans en arrière. Le programme s'est étalé sur 12 semaines. J'ai cumulé en moyenne 130 km hebdomadaires. Et lors de mon dernier stage avec les autres membres de l'équipe de France, ça s'est bien passé. En la personne de Frédéric Chopin, j'ai réussi à trouver un partenaire d'entraînement d'un niveau comparable. Tant sur les séances courtes, la VMA et le seuil. En une semaine, j'ai additionné 199 km. Ce chiffre est incroyable. Certains vont croire que je deviens feignant, je n'ai pas été capable d'atteindre les 200 bornes. Même si je me sens bien, je vais juste courir pour l'équipe et je partirai sur des bases situées entre 6h 50' et 7 heures. Je suis peut-être capable de viser mieux, mais je préfère assurer et privilégier un bon résultat collectif, plutôt de jouer perso et de tout gâcher.


. Quels sont les autres membres de l'équipe masculine ?
- Régis Lacombe, Frédéric Chopin, Bernard Bretaud, Eric Legat et Christophe Buquet.


. En fait, à ton image avec les autres membres du team France, n'allez-vous pas vous focaliser uniquement sur un titre par équipe ?
- Le titre, je ne pense pas que nous soyons en mesure de le gagner. On n'a pas l'équipe pour ça. Un podium, ce serait pas mal. L'année dernière, la France en décrochant la médaille d'argent avait eu un peu de chance, parce que les grosses écuries avaient craqué. Mais, il ne faut pas trop rêver, ça ne se passe pas tous les ans de la sorte.


. Comment expliques-tu la baisse des chronos des Français ?
- Elle dépend de différents facteurs. Déjà, cette baisse de niveau n'est pas spécifique à la France, mais concerne l'ensemble des nations. Après, il faut prendre en compte les conditions de course. En 2009, en Italie, le parcours n'était pas facile et il n'y a pas eu de gros chronos pour cette raison. Ensuite, ça fonctionne par cycles. En ce qui concerne ce que j'ai connu, les bonnes années ont été 99, 2000, 2001, 2002. Puis, il y a eu un creux en 2003, 2004 et 2005, suivi de nouveau d'une bonne saison en 2006, avec Djouadi, Sandor Barcza et moi. Depuis 2006, plus aucun Français n'est pasé sous les 6h40'. Djouadi avait été champion du monde à Séoul en 6h 38'. Quant à moi, j'avais réalisé ce chrono aux championnats d'Europe à Torhout.


. Mais n'existe-t-il pas une autre explication. Au début des années 90, à l'époque des Praët, Kouros, Santalov, Nunés, Vuillemot, Bellocq.....puis toi en 2000 et d'autres, les victoires se jouaient en moins de 6h30' ?
- En fait, nous valions tous entre 2h 15' et 2h 25' au marathon. Actuellement, il faudrait qu'il y ait plus de marathoniens en 2h20' à tenter les 100 km. Certains ont essayé, mais sans doute mal conseillés sont partis trop vite et se sont ramassés. Voilà pourquoi j'encourage David Antoine, que j'entraîne, à se lancer. Ce sont des coureurs en 2h20' qui pourraient courir en moins de 6h30', pas des gars en 2h 35' ou 2h 40'. Quand en 2000 j'avais réalisé 6h 23', je valais encore 2h 15' au marathon. En plus en France, des coureurs en moins de 6h 30' il n'y en n'a pas eu plus de 4 ou 5 et entre 6h 30' et 6h 40', ça n'a pas été la folie non plus. Aussi dans les années 80 les chronos étaient meilleurs, parce que pas mal de parcours étaient mal mesurés et cela sur toutes les distances. Si au final il manque 2 à 3 km sur un 100 km et 1 sur un marathon, ça donne évidemment de meilleures performances. On a vu des gars courir le marathon en moins de 2h 20', alors qu'ils valaient entre 32 et 33' au 10000 sur piste, où là, la distance demeure incontestable. C'est seulement dans les années 90, qu'un mesurage rigoureux a été mis en place. Enfin, les perfs sont partout à la baisse, parce que le sport-santé et le sport-loisir se sont développés. Les gens qui débutent à 35 ou à 40 ans, ils ne vont pas réaliser des chronos. Au fond, il n'y a pas eu de relève. Il y a de moins en moins de cadets, de juniors et d'espoirs qui veulent pratiquer l'athlétisme en compétition.


En bref :
- Age : 46 ans
- Cross country : Vice champion du monde
par équipe en 1992 à Boston
- Marathon : 2h14'35'', champion de France
en 1996 et 2006
- 100 km : 6h23'15'' record de France
et champion du monde en 2000
. Et le trail n'aurait-il pas attiré une élite potentielle ?
- Je ne crois pas. C'est un effort différent, qui attire d'autres athlètes. De très bons coureurs de trails, qui ont gagnés les Templiers, à l'image de Jérôme Trottet ou Vincent Delebarre ont tenté l'expérience des 100 km et ça n'a pas été concluant. Delebarre a dû se contenter de 7h 25' et Trottet d'un chrono autour des 7h 50'. Et inversement des cent bornards n'ont pas été brillants en trail.


. Tu évoquais la relève, mais à un moment n'était-il pas question qu'Helena, ton épouse tente l'aventure du 100 km ?
- Suite à des ennuis de santé elle avait prévu de revenir progressivement sur marathon en 2010, afin de viser une sélection pour la coupe d'Europe. Or, nous attendons un heureux événement pour la fin décembre. Donc pour le Marathon de Paris, c'est fini. Mais, pour le cent km tout reste possible. Si elle reprend tranquillement en janvier, elle disposera ensuite de 3 mois pour préparer les France, qui auront lieu en mai à Chavagnes-en-Paillers. Pour ce retour en compétition, elle partira sur une allure de 12 km/h, soit un objectif de 8h 20' au final. Ce qui devrait suffire pour décrocher son ticket au mondial, qui se déroulera en novembre à Gibraltar. Là, elle visera moins de 8 heures. Fait extraordinaire en 2010, il n'y aura pas de problèmes de calendrier entre les France et le mondial.


. Qui sera son entraîneur ?
- Jean-Pierre Monciaux l'entraînait sur marathon. Je serai en charge de sa préparation sur 100 km.


. Enfin, s'agit-il vraiment de tes adieux sur 100 km ?
- Au plan international, oui. Cependant, dans le cadre de ma préparation pour les 24 heures, Bruno Heubi m'a encouragé à courir les 100 km de Millau. Je les ferai à l'allure 24 heures, à laquelle j'ajouterai 1 km, soit une moyenne de 13. Ce qui me donne des chances de l'emporter, même si je n'affectionne pas particulièrement les parcours vallonnés. Cette épreuve reste un passage obligé pour les coureurs de 100 km, qui doivent la courir au moins une fois dans leur vie. Je prendrai le départ sans pression, puisque je vais l'envisager comme une sortie longue. Au moins quand j'arrêterai, en dépit de mon palmarès, je deviendrai un vrai cent bornard, car j'ai souvent entendu dire : « Tant que tu n'as pas fait Millau, tu n'es pas un cent bornard »


Propos recueillis par Christophe Rochotte

 

 

 

 


ALBI MAR. 468/60