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ATHLETISME-MEETING DE ROME
12/06/2010

ATHLETISME-MEETING DE ROME
Minima et record pour Yoann Kowal

Après avoir obtenu la médaille de bronze sur le 1500 mètres aux championnats d'Europe indoor de Turin en 2009, le gendarme de Périgueux avait connu une saison en demi-teinte, passée à cavaler après les minima pour les mondiaux de Berlin, qu'il réussira in extremis lors du meeting de Monaco, auquel il s'était présenté en désespoir de cause, plutôt qu'en un vaillant miler. Sans doute éreinté par cette quête, il sera éliminé dès les séries du mondial. Désormais senior, suite à un parcours indoor 2010 chaotique, le protégé de Gérard Petitbreuil est parvenu à rebondir à l'issue de son second meeting sur piste. Jeudi soir, à Rome en prenant la 9e place dans une épreuve très relevée et remportée par le Kényan Augustine Choge en 3'32''21, il portera son record à 3'35'14, un temps inférieur aux minima nécessaires à une éventuelle sélection aux Europe de Barcelone et fixés à 3'35''20. Histoire d'un come back.


.Médaillé de Bronze aux Europe de Turin en 2009, comment s'explique cette saison indoor décevante ?
-J'ai passé mon brevet d'état d'éducateur sportif et une semaine par mois, je devais aller àToulouse pour suivre un stage obligatoire. Ce qui m'a empêché de partir m'entraîner en Afrique du Sud en janvier et du coup j'été contraint d'effectuer mes séances à Périgueux, où comme partout en France l'hiver a été particulièrement rigoureux. Il neigeait et la température était tombée à moins 10°. Dans ces conditions, travailler le spécifique, ce n'était pas l'idéal.

Malgré tout, j'ai débuté ma saison à Bordeaux, où j'ai sorti un chrono de 3'41''. Comme, je n'en n'étais pas satisfait, parce que j'espérais un résultat plus tonitruant, j'ai commis l'erreur de sombrer dans le surentraînement. J'ai fait plus que ce que mon coach avait prévu. J'ai allongé les footings et les séances et ça m'a cramé pour la suite de la saison. En février, j'ai enchaîné deux meetings. Un à Stuttgart, où j'ai fini en 3'47'' et l'autre à Gand, où j'ai réalisé 3'43''. Du coup, j'ai failli mettre un terme à ma saison indoor. Toutefois, en concertation avec mon entraîneur, on a décidé d'aller aux France à Bercy en mars. Puisqu'il était évident, que j'avais voulu trop en faire, je me suis limité à des footings et la forme est revenue lors des France, où j'ai mené la course, mais où j'ai terminé second en 3'43'', ce qui ne pouvait pas me permettre d'être sélectionné aux mondiaux de Doha. Enfin, j'ai eu l'opportunité de finir la saison en salle à l'occasion du meeting de Liévin. Normalement, il était prévu que je serve de lièvre à Bekele qui voulait tenter de battre le record du monde du 3000 mètres. Cependant, je n'en avais pas trop envie, parce que je sentais que je pouvais conclure l'indoor sur une bonne note et j'ai pu m'aligner sur le 1500. Grand bien m'en a pris, puisque Bekele a déclaré forfait et qu'en plus, j'ai couru en 3'39'', alors que je ne m'y attendais pas du tout.

.Ensuite, comment as-tu décidé d'envisager la piste ?
-Déjà, j'ai commencé par prendre 10 jours de repos complet. J'ai complètement déconnecté de l'athlétisme. Je n'ai même pas regardé les mondiaux de Doha à la télé. Quand j'ai repris à la mi-avril, j'avais retrouvé mon entrain et je suis parti à Font-Romeu jusqu'à la fin mai. Là-haut, je me suis entraîné comme il faut en respectant à la lettre le plan le plan de Gérard Petitbreuil, mon entraîneur. J'étais conscient que l'an passé, j'avais accompli des séances de fou. J'avais couru un 1000 mètres en 2'18''. Aussi, j'ai inclus de la musculation dans la préparation, sur les conseils de Roger Milhau, le coach de Sophie Duarte, expert dans ce domaine. Cela m'a apporté beaucoup au plan de la vitesse, où j'ai innové avec la série suivante : 200-150-100 à répéter 3 fois, tout en conservant la sortie longue à base d'une alternance de 500 et de 1000 mètres destinée à cumuler 5 km de volume. Les 200, je les courais en 24'40 et mon meilleur 100 en 12''. Par contre, lorsque qu'il m'est arrivé quelques jours plus tard d'enchaîner 10 X100 mètres, je suis passé à 5 reprises sous les 12''. Quant à la séance de volume de 5 km également en altitude, c'était 1'15 au 500, suivi de 1'30'' de repos, puis un 1000 entre 2'37'' et 2'39''. Mon point fort reste d'être un coureur de train. Je ne possède pas la vitesse de base d'un spécialiste du 800 mètres. Il me manque encore quelque chose par rapport à la résistance lactique. Voilà pourquoi, je préfère les courses qui partent vite. A Oslo la semaine dernière, c'est passé en 2'28'' au 1000. Comme j'ai trouvé que cela n'allait pas assez vite, j'ai accéléré et j'ai couru les 500 derniers mètres en 1'10'', pour terminer en 3'38''34. Jeudi à Rome, 2'25'' au 1000 et une nouvelle fois 1'10'' pour le dernier 500. Comme quoi ma qualité c'est de terminer fort sur un rythme déjà costaud.

.De quelle manière s'est déroulé le 1500 jeudi soir ?
-La course est partie vite. J'avais peur et j'étais stressé, parce que ma présence n'a pas été une évidence. Il n'était pas certain que je puisse participer à ce meeting et au départ, je ressentais de la pression, parce que j'avais été accepté. J'avais le niveau, mais vu les cadors en présence, je savais que j'allais être relégué à l'arrière dès le début. En dernière position aux premiers 200 mètres, je me suis dit que ça allait être vraiment très dur et que j'allais en baver. Mais je me suis accroché et je n'ai rien lâché. Dans les derniers 500, j'ai senti que je pouvais repartir et j'ai fini en 3'35''14. Par contre, même si j'ai battu mon record, j'ai commis des erreurs et René Auguin, mon manager m'a un peu engueulé à l'arrivée. Quand j'ai attaqué à la marque des 500 derniers mètres, je n'ai pas pu me rabattre avant les 350 mètres et dans le virage avant d'attaquer la ligne opposée, j'étais dans le 3e couloir. Quand j'ai compris que je n'arriverais pas à passer, je me suis décalé vers la corde, où j'ai pu profiter de l'aspiration d'un Espagnol. A 150 mètres de la ligne, j'ai pu me placer à la corde et malheureusement, j'ai été gêné dans la dernière ligne droite et je n'ai pas pu développer pleinement ma vitesse finale et deux Espagnols que j'avais passés plus tôt ont déboulé à l'extérieur, sans que je les remarque. Je termine à 29 centièmes du 4e. Je pense qu'il y avait moyen de faire mieux, mais le principal a été atteint. J'ai mes minima et mon record et je sais que je peux corriger ce problème d'erreurs.

.Le stress ne résultait-il pas aussi de la hantise de ne pas réussir les minima ?
-Bien sûr. 3'35''20, c'est très relevé. Mais d'un autre côté, ça permet de faire le tri. Ca évitera de se retrouver à 5, ou 6 aux France à devoir se battre pour 3 places. En tous cas, je suis soulagé. L'année dernière j'ai cavalé toute la saison après les minima et ce n'est pas agréable. Je les avais réussis à Monaco, le dernier meeting avant Berlin.

.Et maintenant ?
-J'attends de savoir, si je vais être retenu pour la Coupe d'Europe ce week-end. C'est bien parti, mais pas garanti. Ensuite, je me consacrerai à un cycle d'entraînement d'une dizaine de jours à Périgueux. Après, je voudrais courir un 800, ou un 1000 avant les France, prévus le 9 juillet. Puis, si je suis sélectionné aux Europe, je remonterai à Font-Romeu le lendemain des France et je me présenterai à Barcelone, la veille des séries.

.Aux Europe, à quoi va se résumer ton objectif ?
-Une place en finale, parce que je ne veux pas me mettre trop de pression. Pourtant, René Auguin me dit qu'il ne faut plus que je me fixe trop de limites, parce que ça me bloque. Après, l'idéal consisterait à participer aux gros meetings qui suivront et là il faudra prendre des risques à l'image des Kényans qui ont faim de victoires et qui ne se posent pas tant de questions que nous. Un chrono de 3'33'' serait déjà pas mal.

Christophe Rochotte



Photo : Yves-Marie Quémener