ULTRA - 100 KM DE MILLAU
Brigitte Bec au pied du podium, entretien
Vice championne du monde des 24 heures et également spécialiste des cent km, Brigitte Bec participait pour la première fois aux 100 km de Millau. Elle s'adjugera la 4ième place en 8h24'56'' et améliorera également le record de l'épreuve.
.Comment as-tu vécu cette première expérience en Aveyron ?
-Je n'ai pas débuté ce cent km avec de supers sensations. Je ne me sentais pas dans un grand jour. Durant la nuit de vendredi soir, je n'ai pas très bien dormi. Il faut dire, que j'étais un peu stressée. Je n'aime pas porter l'étiquette de la favorite. Et tout le monde m'avait dit, Millau relève du mythe. Donc, quand j'ai annoncé que je pensais pouvoir réussir 8h30, pas mal de gens ont été étonnés et je me suis dit, que j'avais peut-être placé la barre un peut haut. On a beau avoir confiance en soi, le jour J, ce n'est plus pareil. Surtout quand on sait que l'on va devoir affronter un fort dénivelé, même si l'on aime ça. En fait, ce mauvais ressenti était sans doute lié à une forme de crispation. J'ai essayé de courir plus détendue et finalement, j'ai fini par me sentir plus à l'aise. Cependant, les bosses de la première boucle m'ont fait douter, même si je suis passée au marathon en 3h18'. Mais, passer en moins de 4 heures au 50ième km m'a rassurée. Et c'est à ce moment-là que j'ai commencé à sentir les effets de la chaleur. Heureusement qu'Olivier, mon accompagnateur a pensé à bien m'asperger et je n'ai pas manqué de m'hydrater correctement. Je me souviens de la côte menant au viaduc. Je l'ai trouvée mortelle. Et si je passe assez bien les bosses, dans les descentes les chocs m'envoyaient comme des décharges électriques dans les muscles. Ensuite au retour de Saint-Affrique, j'étais à l'arrache. Heureusement, le moral était bon, parce qu'au fil des kilomètres je grillais des gars. En plus, comme je suis un peu connue dans le milieu, j'ai bénéficié d'énormément d'encouragements de la part des gens que je croisais. Enfin, je me focalisais sur le record de l'épreuve. Je sentais qu'il restait à ma portée et ça me motivait à avancer.
.Mais pourquoi attachais-tu de l'importance à ce record d'épreuve ?
-Une victoire est toujours belle, mais si en plus on bat le record de l'épreuve, cela lui donne une saveur supplémentaire. J'avais déjà vécu ça à Belvès. Au fond, tenter de battre un record d'épreuve, c'est un petit challenge qui booste.
.Un jour, tu évoquais la bulle dans laquelle tu t'enfermes lors d'un effort, afin de mieux te concentrer, qu'en a-t-il été ce jour ?
-Ca a bien fonctionné, parce qu'Olivier a su me motiver, sans trop me parler, ce que je déteste. Alors, j'ai effectivement pu me concentrer sur mon effort, ou penser certaines choses.
.C'est-à-dire ?
-Mentalement, j'ai progressé. Je ne lâche plus. Je n'ai rien fait de spécial. C'est venu avec l'expérience. J'ai appris à me raccrocher à certaines choses. Je pense à tous mes entraînements, aux sacrifices que cela implique et également aux gens qui m'aiment. Je ne voudrais surtout pas les décevoir et ça me permet de tenir.
.Au plan physique, ta préparation n'a-t-elle pas également contribué à ton succès ?
-Le stage effectué en altitude à Tignes, m'a énormément apporté et a renforcé mon goût pour les parcours difficile. J'adore la montagne. Je crois que l'endurance acquise sur les 24 heures me sert également, ainsi que le renforcement musculaire auquel, je me suis astreint à base d'elliptique et de musculation.
.Pour la première fois, une femme finit 4ième à Millau. Ne ressens-tu pas de la fierté ?
-J'ai déjà vécu cela à Belvès et aussi avec un chrono de 8h24'. Je reconnais, que c'est fort gratifiant. Je tiens à remercier tous les gars que j'ai doublés. Ils ont été supers. Tous, ils m'ont encouragée. Cette victoire, je voudrais la dédier à Phil, mon entraîneur et à sa petite fille, Valentine.
.Reviendras-tu à Millau ?
-Je l'ai fait. On verra plus tard. De toute façon, puisqu'en 2010 je vais courir la Transe Gaule, il y aura une incompatibilité de calendrier.
.Cette réussite sur ce 100 km n'est-elle pas de bon augure, dans l'optique des mondiaux 2010 des 24 heures ?
-D'un point de vue psychologique, c'est sûr que c'est encourageant et que ça me place dans une dynamique positive, mais un 24 heures il s'agit d'un effort différent, uniquement en endurance. Je considère qu'un cent km est plus dur qu'un 24 heures. Sur cent bornes, il faut allier vitesse et endurance et je trouve, que cela fait plus mal.
Christophe Rochotte
Photo : Gilles Bertrand
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